On l'appelait anxieuse, sensible et peu motivée. Elle avait un TDA/H et de l'autisme — et personne ne l'avait remarqué.
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On l'appelait anxieuse, sensible et peu motivée. Elle avait un TDA/H et de l'autisme — et personne ne l'avait remarqué.
Elle est assise au premier rang. Elle ne perturbe pas la classe. Elle copie ce que font ses amies à la cantine pour savoir comment se comporter. Elle fait ses devoirs. Elle sourit quand il le faut.
Elle est aussi épuisée au-delà de ce qu'un enfant devrait être. Elle pleure chaque soir en rentrant à la maison. Elle a mal au ventre tous les lundis matin. Elle travaille trois fois plus que tout le monde autour d'elle, juste pour paraître normale.
On l'a orientée vers un suivi pour l'anxiété. On lui a dit de faire plus d'efforts. On l'a appelée « intelligente mais désorganisée ». On lui a dit qu'elle était « trop sensible ».
On ne l'a jamais évaluée pour un TDA/H. On ne l'a jamais évaluée pour l'autisme.
On aurait dû.
La crise dont personne ne parle 📊
Les filles atteintes de TDA/H ou d'autisme reçoivent un diagnostic 5 à 10 ans plus tard que les garçons présentant les mêmes conditions.
Ce n'est pas une marge d'erreur. C'est une décennie de vie d'une fille passée à lutter sans comprendre pourquoi, à se battre sans les bons outils, et à intérioriser une histoire sur elle-même — qu'elle est anxieuse, brouillonne, dramatique, difficile — qui n'a jamais été vraie.
Le consensus clinique est désormais clair : les critères diagnostiques du TDA/H et de l'autisme ont été développés presque exclusivement à partir d'études sur des garçons. Les traits qui font orienter un garçon — hyperactivité, impulsivité, perturbation visible — sont les traits qui se repèrent. Les traits qui se manifestent différemment chez les filles — l'inattention dissimulée derrière le désir de bien faire, la dysrégulation émotionnelle masquée en anxiété, la difficulté sociale dissimulée par une imitation intense des pairs — sont les traits qui passent inaperçus.
Ce n'est pas un échec individuel des professionnels. C'est un échec systémique intégré dans les outils eux-mêmes.
Pourquoi les filles ne ressemblent pas au manuel 🔍
Les filles atteintes de TDA/H sont plus susceptibles de présenter un TDA/H à prédominance inattentive — le type sans hyperactivité. Le TDA/H inattentif ressemble à :
- Rêvasser pendant les cours tout en ayant l'air d'écouter
- Commencer des tâches sans les finir — non par défi, mais parce que le cerveau a perdu le fil
- Oublier les consignes immédiatement après les avoir entendues, malgré les efforts
- Perdre constamment des affaires — clés, devoirs, gourdes — même quand l'enfant y tient vraiment
- Difficulté à s'organiser — non par paresse, mais par réelle difficulté des fonctions exécutives
- Cécité au temps — ne pas percevoir combien de temps quelque chose prend Les filles autistes présentent les choses différemment aussi. Les caractéristiques sociales de l'autisme — difficulté à lire les codes sociaux, préférence pour la structure et la routine, intérêts spécifiques intenses — ressemblent souvent très différemment chez les filles que chez les garçons, car elles sont plus susceptibles d'avoir développé une mimétisme social intensif depuis le plus jeune âge. Elles observent. Elles étudient. Elles mémorisent le scénario. Elles peuvent maintenir une performance sociale convaincante pendant des heures — et s'effondrer dès qu'elles franchissent la porte de la maison.
C'est ce qu'on appelle le masquage ou le camouflage. Il est extrêmement courant chez les filles autistes et les filles avec un TDA/H. Et son coût est extrêmement élevé.
Le coût caché du masquage 💔
Le masquage n'est pas un choix conscient. C'est une stratégie de survie — une réponse adaptative à un monde qui, dès la petite enfance, envoie le message que la façon naturelle d'être est mauvaise et doit être cachée.
La fille qui masque a appris que :
- Ses vraies réactions aux stimuli sensoriels sont « trop » — alors elle les supprime
- Sa façon naturelle de se faire des amis est différente — alors elle observe et copie
- Sa difficulté à s'organiser est appelée paresse — alors elle travaille deux fois plus
- Sa tendance à se plonger dans un intérêt unique est « bizarre » — alors elle le garde pour elle
- Ses réactions émotionnelles sont « dramatiques » — alors elle les garde pour chez elle Les recherches sont sans ambiguïté : les filles qui masquent pendant des années avant de recevoir un diagnostic présentent des taux significativement plus élevés d'anxiété, de dépression, d'automutilation et de troubles alimentaires. Le coût du fossé diagnostique n'est pas seulement de l'inconfort. Ce sont des années de souffrance évitable.
Les signes qui passent vraiment inaperçus ✅
Signes chez les filles avec un TDA/H
🔲 Parfaite à l'école, effondrée à la maison. L'effort de tenir toute la journée ne laisse rien pour la maison. Crises, repli, larmes, rage — non à cause de quelque chose qui s'est passé à la maison, mais parce que le barrage a finalement cédé.
🔲 Travaille bien plus que ses pairs pour des résultats équivalents. Elle passe trois heures sur des devoirs que ses camarades font en trente minutes.
🔲 Chaos organisationnel malgré une grande intelligence. Elle oublie des choses, perd des affaires, rate des délais — tout en étant académiquement capable.
🔲 Anxiété chronique sans cause claire. L'anxiété est souvent la plainte principale — et elle est réelle. Mais elle est fréquemment secondaire à un TDA/H ou un autisme non identifié.
🔲 Désir intense de bien faire socialement. Elle s'excuse constamment. Elle s'accorde avec les autres même quand elle n'est pas d'accord. Elle a appris que l'harmonie sociale est quelque chose qu'elle doit travailler consciemment.
🔲 Dysrégulation émotionnelle qui paraît « dramatique. » Elle ressent les choses à un niveau d'intensité que les gens autour d'elle ne comprennent pas.
Signes chez les filles autistes
🔲 Imitation sociale si convaincante qu'elle masque la difficulté. Elle a tellement étudié comment se faire des amis qu'elle semble à l'aise socialement. Mais l'aisance est jouée, pas ressentie.
🔲 Intérêts spécifiques qui semblent « normaux. » Une fille obsédée par les chevaux, une série télévisée ou une période historique — l'intérêt est aussi intense que chez les garçons ; il s'inscrit juste dans un contenant socialement acceptable.
🔲 Sensibilité extrême à la justice et aux règles. Elle est bouleversée quand les règles ne sont pas respectées ou quand les choses ne sont pas équitables.
🔲 Symptômes physiques sans cause médicale. Maux de ventre et maux de tête les jours d'école. Le corps répond au stress soutenu du masquage.
🔲 La fille « différente à l'école et à la maison. » Les enseignants décrivent une fille capable, calme, bien élevée. Les parents connaissent un enfant qui décompresse de façon explosive chaque après-midi.
🔲 Un sentiment profond que quelque chose est différent — sans explication. De nombreuses filles décrivent, rétrospectivement, avoir su dès la petite enfance qu'elles travaillaient plus dur, ressentaient plus, et comprenaient le monde social moins intuitivement que leurs pairs.
« Elle est juste anxieuse » : pourquoi cette réponse ne suffit pas 🏥
L'anxiété est l'explication alternative la plus fréquemment proposée. Et l'anxiété est réelle — ces filles sont véritablement anxieuses. Mais l'anxiété est fréquemment une conséquence d'une neurodivergence non identifiée, pas la cause principale.
Traiter l'anxiété avec une thérapie ou des médicaments tout en passant à côté du TDA/H ou de l'autisme procure souvent un soulagement partiel et temporaire.
Si votre fille a reçu un diagnostic d'anxiété, et particulièrement si l'anxiété ne se résout pas complètement avec un traitement approprié, il vaut la peine de poursuivre une évaluation neurodéveloppementale complète.
À quoi ressemble une évaluation complète 🗺️
En France, les parcours d'évaluation pour le TDA/H et l'autisme chez les filles passent généralement par :
- Le médecin traitant ou pédiatre, qui peut orienter vers un neuropédiatre, un pédopsychiatre, ou un Centre de Ressources Autisme (CRA)
- Les CRA régionaux — les centres de référence pour l'autisme, qui proposent des bilans diagnostiques complets
- Les CAMSP (Centres d'Action Médico-Sociale Précoce) pour les enfants plus jeunes
- Les CMPP (Centres Médico-Psycho-Pédagogiques) pour les évaluations pluridisciplinaires
- Les outils d'évaluation reconnus incluent l'ADOS-2 et l'ADI-R pour l'autisme, et des bilans neuropsychologiques pour le TDA/H Une fois le diagnostic posé, les adaptations scolaires peuvent être formalisées via un PAP (Plan d'Accompagnement Personnalisé), un PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) ou une orientation en ULIS selon le profil.
Ce que lui dire pendant l'attente 💛
« Je te crois. » Le mot le plus validant pour une fille qui a entendu toute sa vie qu'elle allait bien.
« Ce n'a jamais été de ta faute. » Le désordre, la difficulté sociale, l'épuisement — ce ne sont pas des défauts de caractère.
« Nous allons trouver ce qui se passe vraiment. » Savoir que quelqu'un cherche — vraiment, intentionnellement — est souvent le premier vrai soulagement.
« Un diagnostic n'est pas une étiquette. C'est une carte. » Il ne crée pas un problème — il nomme un qui existait déjà, et donne à tout le monde une meilleure carte pour le naviguer.
Pour les filles prêtes à comprendre elles-mêmes 📖
Notre histoire La Fille Qu'on N'a Pas Vue : Une Histoire sur le TDA/H et l'Autisme Chez les Filles suit Emma — une fille qui n'est pas hyperactive, qui n'est pas « manifestement » quoi que ce soit, qui se noie silencieusement pendant que tout le monde autour d'elle voit une enfant qui va globalement bien. Quand une enseignante reconnaît enfin ce qu'elle voyait, Emma reçoit le diagnostic qui change tout — non pas parce qu'il l'étiquette, mais parce qu'il la voit.
Écrit pour les filles de 8 à 12 ans, et profondément résonant pour les adolescentes et adultes diagnostiquées tardivement. Utilisé par les conseillers scolaires, les psychologues éducatifs et les thérapeutes familiaux comme outil d'ouverture de dialogue.
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📌 Cet article est fourni à des fins éducatives et informatives uniquement. Il ne constitue pas un avis médical, psychologique ou diagnostique. Si vous avez des inquiétudes concernant le développement, l'attention ou le bien-être émotionnel de votre fille, consultez un pédiatre, un psychologue pour enfants ou un spécialiste du développement qualifié.
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À propos de l'auteur
Sophie Tremblay-Benali est une auteure spécialisée dans le développement de l'enfant, ancienne éducatrice à la petite enfance et mère de trois enfants qui vit à Ottawa, en Ontario. Elle écrit sur la parentalité consciente, l'équilibre du temps passé devant les écrans et l'éducation d'enfants émotionnellement résilients dans un monde numérique.



